OCTOBRE ROSE : DÉPISTAGE, MODE D’EMPLOI
Une boule signifie-t-elle forcément un cancer ? À quel âge commencer le dépistage ? Mammographie ou échographie ? Et faut-il vraiment se palper les seins ? BANTU MAG fait le tri entre les bons réflexes, les idées reçues et ce qu’il faut réellement savoir.
Par Affissatou.K
Chaque mois d’octobre, le ruban rose revient partout. Campagnes de sensibilisation, publications sur les réseaux sociaux, événements : le cancer du sein est mis en lumière.
Mais une fois le ruban passé, que sait-on vraiment de ce qu’il faut faire ?
Le cancer du sein reste le cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez les femmes dans le monde. En 2024, environ 2,4 millions de femmes ont reçu un diagnostic et 694 000 personnes en sont mortes. Surtout, environ 80 % des cancers du sein surviennent chez des femmes qui ne présentent pas de facteur de risque spécifique connu autre que le sexe et l’âge.
Autrement dit : ne pas avoir d’antécédent familial ne signifie pas être à l’abri.
Mais cela ne signifie pas non plus qu’il faut s’inquiéter du moindre changement. L’essentiel est de savoir reconnaître ce qui mérite un avis médical.
UNE BOULE, UN CHANGEMENT : QUAND CONSULTER ?
Une boule dans le sein n’est pas automatiquement un cancer. De nombreuses anomalies mammaires ont des causes bénignes.
En revanche, une modification nouvelle ou inhabituelle doit être évaluée.
Parmi les signes à surveiller :
une nouvelle boule ou une zone d’épaississement dans le sein ou sous l’aisselle ;
une modification inhabituelle de la taille ou de la forme du sein ;
un changement de la peau, comme un creux ou une modification de texture ;
une rétraction nouvelle du mamelon ;
un écoulement inhabituel, notamment s’il est sanglant ;
une modification persistante ou inhabituelle du sein.
Et non, une anomalie qui ne fait pas mal n’est pas forcément sans importance. À l’inverse, une douleur mammaire ne signifie pas automatiquement qu’il s’agit d’un cancer.
Le réflexe à avoir n’est donc ni de paniquer, ni d’attendre que cela passe indéfiniment : on consulte.
Faut-il se palper les seins ?
L’auto-palpation ne sert pas à poser soi-même un diagnostic. Elle permet surtout de connaître l’apparence et la texture habituelles de ses seins afin de repérer plus facilement un changement.
Devant un miroir, observez d’abord vos seins, les bras le long du corps puis levés. Regardez leur forme, leur peau et l’aspect des mamelons.
Vous pouvez ensuite palper chaque sein avec la pulpe des doigts, en petits mouvements circulaires, en couvrant progressivement toute la zone jusqu’à la clavicule et l’aisselle. Pensez également à la zone autour du mamelon et sous l’aisselle.
Les seins peuvent naturellement changer au cours du cycle menstruel, pendant une grossesse, l’allaitement ou après la ménopause. Ce qui compte est surtout de repérer un changement inhabituel pour vous.
Une vérification environ une fois par mois peut servir de repère. Mais elle ne remplace ni une consultation ni les examens de dépistage lorsqu’ils sont indiqués.
DÉPISTAGE OU DIAGNOSTIC : CE N’EST PAS LA MÊME CHOSE
C’est une confusion fréquente.
Le dépistage concerne une personne qui ne présente pas de symptôme particulier. Il consiste à rechercher une éventuelle anomalie avant l’apparition de signes.
La mammographie est l’examen central des programmes de dépistage. Les recommandations varient selon les pays, l’âge et le niveau de risque. En Côte d’Ivoire, le ministère de la Santé indique actuellement une mammographie tous les deux ans à partir de 45 ans, avec une surveillance adaptée dans certaines situations à risque.
Mais si vous avez déjà remarqué une boule ou une modification du sein, vous n’êtes plus simplement dans une logique de dépistage.
Il faut consulter afin qu’un professionnel puisse déterminer les examens nécessaires.
Mammographie ou échographie ?
Là encore, il ne s’agit pas de choisir soi-même.
La mammographie utilise les rayons X et occupe une place importante dans le dépistage. L’échographie utilise des ultrasons et peut compléter la mammographie ou être privilégiée dans certaines situations.
L’âge, les symptômes, les caractéristiques du sein et le niveau de risque peuvent influencer le choix.
Le dépistage se fait à intervalles réguliers. Une anomalie, elle, doit être évaluée sans attendre.
CE QUI AUGMENTE VRAIMENT LE RISQUE
Le cancer du sein n’a pas une cause unique.
L’âge est l’un des principaux facteurs de risque. Les antécédents familiaux et certaines mutations génétiques, notamment BRCA1, BRCA2 et PALB2, peuvent également augmenter le risque.
D’autres facteurs sont également documentés : consommation d’alcool, tabagisme, manque d’activité physique, surpoids après la ménopause, certaines expositions aux rayonnements et certains traitements hormonaux de la ménopause.
L’alcool mérite notamment d’être distingué des nombreuses rumeurs qui circulent : son association avec le cancer du sein est établie.
Et les hormones ?
Certains cancers du sein sont hormonodépendants, c’est-à-dire que leurs cellules possèdent des récepteurs aux œstrogènes et/ou à la progestérone.
Cela ne signifie pas que « les hormones donnent le cancer ».
En revanche, certains traitements hormonaux combinant œstrogènes et progestatifs utilisés après la ménopause sont associés à une augmentation du risque de cancer du sein. Pour la contraception hormonale, les données sont plus nuancées : certaines études ont observé une légère augmentation du risque chez les utilisatrices actuelles ou récentes, tandis que les résultats varient selon les méthodes et les populations étudiées.
Et les déodorants, plastiques et cosmétiques ?
Parabènes, phtalates, bisphénol A (BPA) et autres substances sont régulièrement présentés sur les réseaux sociaux comme des « produits cancérigènes ».
La réalité est plus complexe.
Certaines de ces substances sont étudiées pour leurs effets sur le système hormonal, mais perturbateur endocrinien ne signifie pas automatiquement cancer du sein prouvé. Pour plusieurs substances chimiques, le lien direct avec le cancer du sein chez l’être humain reste encore étudié.
Alors, faut-il les éviter ?
Lorsqu’une exposition peut être facilement réduite, pourquoi pas. Lire les étiquettes, limiter certains plastiques au contact des aliments chauds ou choisir des produits dont la composition est mieux connue peut être une manière simple de réduire certaines expositions.
Mais il faut garder le sens des priorités : les facteurs dont le lien avec le cancer du sein est aujourd’hui bien établi — notamment l’alcool, le tabagisme, l’inactivité physique, certains traitements hormonaux et certains facteurs liés à l’âge ou aux antécédents — sont beaucoup plus importants à connaître.
Le plus important est donc de distinguer ce qui est démontré, ce qui est encore étudié et ce qui relève de la rumeur.
ET EN AFRIQUE, QU’EST-CE QUI CHANGE ?
Le cancer du sein ne se vit pas de la même manière partout.
En Afrique, les difficultés d’accès aux examens, aux spécialistes et à un parcours de soins continu peuvent retarder le diagnostic. L’OMS Afrique indique que, dans la plupart des pays de la Région, plus de 70 % des cancers du sein sont diagnostiqués à un stade avancé.
C’est aussi pour cette raison que les stratégies de santé publique ne peuvent pas simplement reproduire les modèles de dépistage des pays disposant de systèmes de santé très différents.
L’OMS Afrique met notamment l’accent sur le diagnostic précoce des femmes présentant des symptômes, particulièrement dans les contextes où un programme de mammographie à grande échelle est difficile à organiser : Pour être plus efficace, il vaut mieux concentrer les efforts et l'argent sur le diagnostic rapide des femmes qui sentent déjà une anomalie (une boule, une douleur, etc.), afin de les soigner au plus vite avant que la maladie ne s'aggrave.
Pour les femmes, le message est finalement assez simple :
une anomalie apparaît ? On consulte.
Pas uniquement parce que quelqu’un dans la famille a déjà eu un cancer. Pas le mois prochain. Et certainement pas au prochain Octobre Rose.




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